Paul Meuleneire travaille pour le GAD Zaventem depuis 25 ans. Il a acquis énormément d’expérience dans la recherche de drogues et de contrefaçons, mais la convention CITES lui tient également particulièrement à cœur. Le jour de notre rendez-vous, c’était justement la Journée mondiale des animaux, le sujet de l’entretien allait donc de soi.
Paul, j’ai apporté une question posée par une lectrice du « Schakel » qui demande si la convention CITES s’occupe également des ventes frauduleuses de chiens en provenance de l’étranger ?

Non, la CITES s’occupe effectivement de la lutte contre le « commerce » des espèces animales et végétales et de leurs produits dérivés, mais celles-ci doivent être menacées d’extinction. Plus de 35.000 espèces animales et végétales relèvent de la CITES et elles sont énumérées dans trois 3 Annexes. Comptant 181 pays adhérents depuis sa création, la CITES est l’un des traités de protection de la nature les plus anciens (1975) et les plus réussis au monde.

Il y deux ans de cela, des centaines de kilos d’écailles de pangolin sont arrivés ici à Zaventem. Il s’agit d'une espèce de fourmilier qui vit en Afrique et en Asie et qui est menacée d’extinction. Chaque année, des myriades de pangolins sont capturées par des braconniers et sont vendues contre de grosses sommes d’argent. Il paraît qu’au Viêt Nam, les fœ
tus de pangolin sont servis comme mets raffinés. Les Chinois broient les écailles pour en faire des médicaments contre les troubles érectiles – disons, une sorte de viagra naturel – ou contre le cancer. Ils utilisent également des hippocampes séchés à cet effet mais ceux-ci sont repris depuis plus longtemps dans la liste de la CITES et nous les saisissons donc également…

Entre-temps, nous avons signalé aux services compétents que le commerce des écailles de pangolin tournait actuellement à plein régime et le pangolin a immédiatement été placé dans l’annexe II de la CITES. Les espèces animales et végétales reprises dans cette liste peuvent faire l’objet d’un commerce mais uniquement avec les autorisations nécessaires afin que les quotas fixés ne soient pas dépassés. Entre-temps, le pangolin se retrouve cependant déjà dans l’Annexe I. Le commerce de ces écailles est donc strictement interdit !
Il s’agit d’une œuvre d'art d’un Coco de mer. Celui-ci se trouve à l’Annexe II – donc en cas de transaction (achat, vente, transport etc.), une autorisation est exigée. Un magasin d’antiquités situé à Anvers voulait l’expédier vers l’Amérique, mais il ne disposait pas des documents nécessaires. 
Quelles espèces animales ou végétales relèvent alors de l’Annexe III ?

L'Annexe III concerne les espèces animales et végétales qui sont protégées dans un des pays adhérents au moins. 
L’espace de ce bureau est rempli de trophées, mais quelles sont à vos yeux les saisies les plus spectaculaires à ce jour ?

Un jour, nous avons intercepté un cuisinier provenant de Thaïlande qui avait « enroulé » un couple d’aigles de Bonelli dans son bagage à main. Il souhaitait le vendre à un Anversois pour 15.000 francs belges. Après leur saisie, ces oiseaux ont immédiatement été hébergés

au zoo de l’aéroport avec 200 perroquets jaco. Lorsque le vétérinaire local est arrivé, il nous a prévenus que la Thaïlande était une région à risques pour la grippe aviaire. Il a envoyé un prélèvement sanguin au labo. Le lendemain, nous avons été informés du fait que les aigles étaient effectivement porteurs de la grippe aviaire. Et à partir de ce moment-là, ça a été le branle-bas de combat. Non seulement tous les collègues qui avaient été en contact avec les aigles, mais également tous les passagers et membres d’équipage des vols Taïwan – Vienne – Bruxelles devaient être avertis qu’ils devaient prendre des médicaments pour se protéger. Et ce n’était pas tout. Outre les aigles de Bonelli, les 200 perroquets jaco ont dû être euthanasiés et l'entreprise qui gère notre zoo à l’aéroport a dû être mise en quarantaine pendant des semaines et était donc au chômage technique.
À suivre…


« Des fœtus de pangolin servis comme mets raffinés »