L’espace de ce bureau est rempli de trophées, mais quelles sont à vos yeux les saisies les plus spectaculaires à ce jour ?

…Je me souviendrai aussi encore longtemps de la saisie de 600 dendrobates du Panama.  Elles étaient destinées à être vendues sur une foire au Pays-Bas. Ces dendrobates sont très appréciées en raison de leur couleur. Chaque espèce revêt la couleur des plantes de leur environnement. Normalement, nous aurions renvoyé ces grenouilles vers l’endroit d’origine aux dépens du contrevenant, mais comme nous ne pouvions pas déterminer leur origine exacte, nous avons pu les emmener au zoo d’Anvers. Là, Ben, l’homme qui apparaît régulièrement à la TV, a passé des heures à libérer les dendrobates des rouleaux de pellicule dans lesquels elles étaient transportées.
Comment les contrevenants sont-ils sanctionnés ?

Les animaux ou plantes, ou les dérivés de ceux-ci, sont saisis. L’individu qui transportait les dendrobates n’a été incarcéré qu’une nuit, car cette infraction ne faisait l’objet d’aucune peine à l’époque. Depuis 2013, la loi sur le bien-être des animaux prévoit une peine de prison et une amende de 26 à 50.000 euros en cas d’infraction des Règlements européens relatifs à la Cites. Les dossiers sont tous envoyés au parquet. Si le parquet ne poursuit pas pénalement le(s) trafiquant(s), nous pouvons infliger une amende administrative depuis la fin de l’année dernière. Dans ce cas, le contrevenant doit aussi rembourser les frais réalisés par les pouvoirs publics, comme les frais de conservation des animaux ou plantes, les frais vétérinaires et les frais de renvoi. Cependant, les peines restent plus faibles que celles prévues pour un trafiquant de drogues. C’est dommage...
Dernièrement, des Chinois ont envoyé à travers Bruxelles deux grands chargements (250 kilos chacun) transportant des défenses d’éléphant du Mali à destination de la Chine. Dans ce pays, un kilo d’ivoire a une valeur de 5000 euros. S’il s’agit d’une corne de rhinocéros, la somme s’élève jusqu’à 50.000 euros par kilo. L’ivoire a été saisi et sera détruit. Deux semaines plus tard, nous avons pu arrêter les expéditeurs, qui suivaient leur envoi, ici à Bruxelles. Ils ont entre autres été condamnés pour association de malfaiteurs et commercialisation de produits d’espèces animales menacées. En plus d’une amende, ils ont obtenu une peine d’emprisonnement d’une semaine. Une semaine, ce n’est vraiment rien quand on sait combien d’éléphants ont été abattus.
Les peines ne sont manifestement pas des moyens de dissuasion suffisants pour les trafiquants. Saviez-vous qu’un rhinocéros est abattu chaque jour dans le parc Kruger ? Les défenses d’éléphant ont aussi toujours autant de succès. Elles sont peut-être prélevées dans des quantités moindres en raison de la répression sévère, mais elles sont beaucoup plus chères à l’achat. Les bandes criminelles ne subissent donc aucune perte financière.
Avez-vous encore un message à faire passer ?

Oui, j’en ai même deux. J’espère de tout cœur que notre expertise ne disparaîtra pas avant que les jeunes nous remplacent. Heureusement, ici à Zaventem, j’ai pu partager mon expérience avec mes collègues plus jeunes. Récemment, j’ai aussi donné des cours aux douaniers du service SCC local.
Depuis 2004, je transmets des nouvelles sur des saisies à toutes les autorités du monde entier. Les noms des contrevenants n’apparaissent pas, mais j’envoie des photos claires de la façon dont des objets interdits ont été dissimulés. D’autres douaniers du monde entier le font également de sorte que vous pouvez apprendre énormément de choses.
N’attendez pas d’avoir suivi une formation spécifique pour user de votre flair. Rendez-vous plutôt sur le terrain et observez, analysez et posez-vous des questions telles que : « Est-ce possible ? », car c'est en forgeant qu'on devient forgeron.

Ici à Bruxelles, nous constatons principalement de petits envois dans le domaine du trafic illégal de plantes et d’animaux menacés d’extinction. Cependant, les enquêtes indiquent que la majorité de ces envois sont souvent acheminés par bateau. Heureusement, notre administration permet aux collègues qui travaillent dans les grands ports maritimes de pouvoir être plus attentifs afin de détecter ces trafics.
Des fœtus de pangolin servis comme mets raffinés
(partie 2)
Quand on parle de Paul Meuleneire, on pense au GAD Zaventem.  C’est là que Paul a consacré ces 25 dernières années à la recherche de drogues, de contrefaçon et d’objets Cites. En raison de notre rendez-vous lors de la Journée mondiale des animaux, nous nous sommes limités à des questions relatives à cette matière. Comme vous le savez déjà, nous avons terminé la première partie de notre reportage par la question : « Quelles sont à vos yeux les saisies les plus spectaculaires ? ». Paul nous a ainsi parlé des 2 aigles de Bonelli atteints de la grippe aviaire et nous a raconté d’autres histoires passionnantes.
Paul nous montre deux défenses d’éléphant travaillées. Ces défenses sont faites en polyester et ont le même poids que de vraies défenses de cette taille. Elles sont aussi magnifiquement travaillées. La différence est à peine visible. Seuls des connaisseurs voient à l'œil nu que ces défenses ne portent pas de marque distinctive. Des douaniers inexpérimentés peuvent les enflammer pour se rendre compte de la différence (l’odeur du polyester ou de la défense véritable). Il y a donc une magnifique alternative sur le marché, et pourtant...
Sacs à main en peau de serpent du Cameroun retrouvés dans les bagages de Chinois
Paul: En Afrique, de très nombreux Chinois travaillent dans le secteur de la construction. Ils y travaillent quelques mois pour une rémunération plus élevée qu’en Chine et retournent ensuite chez eux. Leurs bagages sont remplis de cadeaux pour leur famille, parmi lesquels de nombreuses peaux de python, des tasses et ceintures en cuir de crocodile et en ivoire. Non seulement les Asiatiques en sont friands, mais aussi les Russes qui ne sont toujours pas sensibilisés par cette problématique comme nous le sommes en Europe occidentale.
Pouvons-nous avoir un dernier témoignage à propos d’une saisie importante, svp ?

Oui, bien sûr (il sourit). Encore récemment, nous sommes tombés sur environ 200 salamandres vivantes, mais elles étaient cachées sous des serpents venimeux pour lesquels il n’existe pas d’antidote en Europe. Elles étaient correctement empaquetées dans des caissons métalliques. Les vétérinaires ont extrait les serpents avec beaucoup de prudence et les ont ensuite euthanasiés. Ils ne pouvaient certainement pas être commercialisés en raison de l’absence d’antidote.
Nous avons renvoyé les salamandres « vivantes », non couvertes par l’autorisation Cites obligatoire, au Japon, le pays d'origine. C’est aussi une mesure relativement récente. Auparavant, nous essayions de trouver un accueil dans les zoos ou autres centres d’accueil et au jardin botanique de Meise pour des animaux ou plantes menacés d’extinction faisant l’objet d’une saisie. Désormais, si cela s’avère possible, nous pouvons les renvoyer vers le pays d’origine où ils seront pris en charge de manière protégée.
Nous espérons naturellement que ces animaux arrivent toujours à bon port lorsqu’ils quittent notre pays...

Texte : AVP
Photos : Kathleen De Backer