Quatre collègues armés ont investi le magasin X ce vendredi matin. Ils avaient obtenu un tuyau du voisin local disant qu’il se passait des choses bizarres la nuit aux alentours du lieu de stockage.  Il pensait à un trafic de drogues...
Sur les lieux, ils ont seulement trouvé un mécanicien qui terminait un travail à des voitures abimées, ne se doutant manifestement de rien. Lorsque Kevin lui a demandé d’aller chercher son chef, il s’est tranquillement dirigé vers une porte extérieure et a appelé son chef.
Après, tout s’est passé extrêmement vite. Le dirigeant s’est introduit en criant dans l’entrepôt et a immédiatement tiré sur nos collègues. Ils ont bien réagi mais Sven a quand même été gravement blessé à la jambe et à la poitrine. Heureusement, ils ont pu assez rapidement maîtriser l’assaillant (= zone chaude). Ensuite, ils ont tout mis en œuvre pour mettre Sven, le blessé, en sécurité. Alors que Kevin et James se sont chargés de poursuivre la surveillance, Kathleen a pris soin de Sven et a appliqué correctement les premiers soins (Tactical First Aid - TFA) dans l’espoir de le maintenir en vie en attendant l’arrivée rapide des secours (zone tiède). Chaque seconde comptait ! L’ambulance est entrée dans l’entrepôt et notre collègue blessé a été transmis à l’aide médicale urgente (zone froide)

                                                                      (n.d.l.r. : la situation et les prénoms des collègues sont fictifs).
Prendre des renseignements à la Défense

La rédaction de « De Schakel » a été témoin de l’un des derniers examens que 11 instructeurs néerlandophones et francophones en devenir ont dû passer après leurs dix jours de formation d’« Instructeur Tactical First aid » sous la direction du chef-instructeur Dirk Thomas.
Dirk Thomas est un collègue de la Défense qui adresse des formations sur l’armement, la maîtrise des armes et le Tactical First Aid, entre autres, depuis 34 ans déjà. Il était prêt à transmettre ce savoir-faire à nos douaniers.

L’an dernier, tous les douaniers armés ont suivi une formation « Armement ». La formation « Gilets pare-balles » a eu lieu au début du mois de mars 2018. En 2019, la formation « Maîtrise de la violence à l’aide de la matraque » aura lieu
Depuis le 11 mars, ces tous nouveaux instructeurs ont eux-mêmes commencé une formation « Tactical first Aid » de deux jours à l’attention de tous les douaniers armés d’« Opérations » et « Enquête et Recherche ». Ces cours sont donnés, autant que possible, sur le lieu de travail des collègues.
Les douaniers apprennent à sauver des vies

Durant les deux jours de formation TFA, les participants ont entre autres appris à estimer rapidement l’état des patients, à reconnaître les blessures par balles et à les traiter, à arrêter réellement les saignements massifs, à utiliser correctement les garrots tourniquets et d’autres objets du kit de premiers soins.
Chaque douanier armé reçoit un kit TFA comportant entre autres un garrot tourniquet, un bandage compressif, une couverture de survie, etc. pour une valeur de 170 euros. Il se fixe sur la cuisse. En outre, ils reçoivent un garrot tourniquet supplémentaire à porter séparément de sorte à pouvoir le prendre très rapidement. Éventuellement, pour sauver sa propre vie !
Ainsi, ils se sont entrainés au passage de la zone chaude, à la zone tiède et à la zone froide. Dès que les échanges de tirs sont passés, on a d’abord la zone chaude. Lors de cette période, l’aspect tactique est très important. Cela signifie qu’il faut avant tout s’assurer que la situation est sûre. Il faut être sûr que plus personne ne peut tirer. On passe alors à la zone tiède. C’est le moment où l’aspect tactique et l’aspect médical sont en équilibre. Quelques collègues se chargent de la sécurité alors qu’un autre collègue s’occupe du blessé. Dès que les services de secours peuvent reprendre la main, nous sommes dans la zone froide.

Nos collègues apprennent en outre à appliquer le protocole de MARCH afin de tenir le coup même pendant les circonstances les plus graves que l’on puisse imaginer. MARCH est une abréviation simple permettant de retenir les étapes nécessaires pour sauver des vies : en bref, on soigne d’abord ce qui tue le plus vite. 

M = Massive Bleeding (saignement massif)
A = Airway (voies respiratoires)
R = Respiration (respiration)
C= Circulation (saignements secondaires)
H= Hypothermia (éviter une température trop basse)

* Le protocole MARCH est une partie d’une étude Tactical Combat Casualty Care (TCCC) rédigée par le colonel américain Ron F. Bellamy.

La théorie et la pratique se suivent mais le cours se termine avec un entraînement selon un scénario classique (n.d.l.r. : comme par exemple, dans l’introduction ci-dessus).

Le Tactical First Aid vise trois buts : Établir un périmètre de sécurité, soigner les blessés graves avec les bonnes connaissances et compétences jusqu’à leur évacuation vers un hôpital pour, enfin, poursuivre la mission initiale.
Du terrorisme aux accidents graves

Ce cours n’est pas une formation « Premiers secours » mais il vise à pouvoir soigner les blessures graves causées par des tirs d’armes à feu, des explosions et celles mettant la vie en danger.

Par ailleurs, la formation s’adresse au personnel non médical mais on peut être rassuré car aucun des actes appris n’est légalement interdit.
À l’aide d’un simulateur de saignement, on peut voir à quel point il est dur d’arrêter un saignement massif d’une blessure ouverte, par exemple, au cou ou à l’aine avec un kit et un pansement compressif. Avec les deux mains, il faut appuyer fortement sur les plaies pendant 3 minutes.
Lors des attentats, nos collègues de Zaventem et de Bruxelles ont donné le meilleur d’eux-mêmes... sans connaissances médicales ou outils. Par après, ils se sont néanmoins demandés : « N’aurions-nous pas dû faire plus ? » Par contre, on s’est aussi demandé si c’était la tâche d’un douanier.  Mais, vu le niveau 3 et 2 de la menace, la criminalité croissante et le fait que nos agents sont quotidiennement en route et peuvent être témoins d’accidents très graves, notre pouvoir politique estime qu’il vaut mieux que les douaniers armés puissent appliquer des gestes de survie dans des situations d’urgence.
 
Mme. Marie-Christine Duinslaeger
Actuellement, les collègues ne peuvent porter une arme qu’après avoir été jugé apte psychologiquement et médicalement et avoir réussi leurs exercices de tir. Chaque année, un test de qualification a lieu pour pouvoir conserver le port d’armes.
À l’aide d’une poupée, on montre comment placer un garrot tourniquet ou un bon bandage pour permettre aux gens de survivre.
Texte: Ann Van Puymbroeck
Photos Kathleen De Backer

N.d.l.r. : En accord avec les collègues concernés, il a été choisi de montrer des photos où l’on reconnaît des gens mais de ne pas donner de noms. Les noms utilisés sont aussi fictifs. La rédaction souhaite tous les remercier, ainsi que Dirk Thomas, pour leur présence. Nous vous souhaitons encore beaucoup de succès dans le cadre de vos prochaines formations.
Dirk Thomas
Marie-Christine Duinslaeger
TFA : Les douaniers sauvent des vies