Derrière une médaille, une histoire passionnante
En tant que collectionneur de pièces et de médailles, j’ai récemment pu faire l’acquisition de cette petite médaille commémorative , qui a été frappée en 1844 à l’occasion de la pose de la première pierre du nouvel entrepôt « Le chien vert » à Bruxelles.
Le mot ENTREPÔT sur le verso a directement attiré mon attention, sans doute par déformation professionnelle comme fonctionnaire employé au sein des Douanes et Accises.
Un ENTREPÔT est un lieu où les marchandises commerciales pouvaient provisoirement être stockées et transférées, sous contrôle de la douane.
À BRUXELLES, TROIS ENTREPÔTS SUCCESSIFS ONT ÉTÉ UTILISÉS
Grâce au canal Bruxelles-Willebroek, Bruxelles était déjà un port maritime depuis la moitié du 16e siècle. Au temps du gouvernement de Marie-Thérèse (1717-1780), un premier entrepôt a été bâti dans le port maritime de Bruxelles qui devait être en service environ septante ans (1780 à 1850). La façade est actuellement encore intégrée dans le Théâtre royal flamand de Bruxelles.
Sous le régime néerlandais (1815-1830), il a été décidé de créer un nouveau canal qui relierait les bassins miniers au sud du pays. Les travaux de ce canal liant Bruxelles à Charleroi ont débuté en 1827 mais, à cause du grand nombre d’écluses qui ont dû être construites, il a fallu attendre 1832 pour qu’ils soient clôturés.
Lors de la construction de ce canal, le Groot Handelsdok est aussi apparu (1830). Grâce à tout cela, au cours de cette période, Bruxelles a connu un essor économique et une augmentation du transport de marchandises. L’ancien entrepôt, créé lors de la période autrichienne, ne suffisait plus aux besoins du commerce. Le conseil communal de la ville a recherché un terrain à la situation stratégique offrant assez d’espace à une entrepôt plus grand. Ce lieu a été trouvé dans les environs du Groot Handelsdok, où se trouvait auparavant une auberge portant le nom « L’ancien Chien vert ».
Ancienne gravure : La provenance du nom « Le Chien vert » vient du temps où la Senne était encore ouverte et où Bruxelles était très marécageux. Les chiens qui plongeaient dans l’eau ressortaient presque toujours plein de boue verte. - Collection privée.
Pour la construction de l’entrepôt, un concours a été mis sur pied auquel tant les architectes belges qu’étrangers pouvaient participer. Des prix jusqu’à des centaines de milliers de francs belges ont été attribués pour les projets gagnants. En tant que lauréat, Louis Spaak, architecte de l’arrondissement de Bruxelles, a été choisi. Son projet, comme ceux des deuxième et troisième lauréats ont été exposés durant une huitaine de jours à la maison communale de Bruxelles.
L’énorme bâtiment avait une hauteur de six étages (y compris une cave et un grenier) et il offrait aussi un logement aux services administratifs, dont la douane. Il avait une longueur de 114,5 mètres et une largeur de 63 mètres. La cave était subdivisée en soixante-huit espaces où on pouvait stocker jusqu’à 6.500 fûts. Les étages supérieurs étaient pourvus d’une construction en fonte où on pouvait stocker jusqu’à 120.000 litres de grain.
Louis Spaak, en avance sur son temps, avait déjà vu du potentiel dans le transport ferroviaire de marchandises et avait déjà anticipé une future connexion au niveau du rez-de-chaussée. Outre ce bâtiment, un genre de pavillon était prévu pour les services douaniers et le personnel. Le prix du projet total a été estimé à 1.625.500 francs.
Vue sur l’entrepôt (https://nl.wikipedia.org/wiki/Stapelhuis_(Brussel))
Vue sur l’entrepôt
Après l’inauguration officielle par le Roi Léopold I, on a accéléré la suite de la construction sous l’impulsion du bourgmestre Wyns de Rocourt, de sorte que tout était déjà terminé à la fin de l’été 1844. Depuis 1846, les caves et le rez-de-chaussée étaient déjà prêts à être utilisés er un an plus tard, l’ensemble était terminé. 
Cet entrepôt qui répondait principalement à un besoin économique a été classé par le Journal de l’Architecture comme l’un des monuments les plus beaux de la capitale. Malgré l’essor architectural, les portes ont été démolies en 1910. L’économie se développait et autour du changement de siècle, cet entrepôt ne suffisait plus à couvrir les besoins du commerce. Un nouvel entrepôt que nous connaissons comme Tour et Taxis a été terminé en 1907. (H.V.C.)
Bibliographie :

-Smellinckx Edwin, Urbanisme in Brussel, 1830 – 1860. Mémoire en ligne http://www.ethesis.net/urbanisme/urbanisme_inhoud.htm

-Van Eeckhoudt Luc, Laurent-Joseph Hart (Antwerpen 1810 – Brussel 1860) de meest vermaarde portretmedailleur uit de regeerperiode van koning Leopold I, Jaarboek EGMP 2017

-Guioth, H.N., Histoire numismatique de la Révolution belge, ou Description raisonnée des médailles, des jetons et des monnaies qui ont été frappés depuis le commencement de cette révolution jusqu'à ce jour, Hasselt : Milis, 1844-1845. – I ? .

-Tourneur V. , Catalogue des Médailles du Royaume de Belgique, tome premier (1830-1847), Ch. Dupriez. 1911. 254 p.

-Henne Alexandre, Histoire de la ville de Bruxelles, Vol. 3, Uitg. Perichon, 1845.



QUI A-T-IL SUR LA MÉDAILLE ?

Sur le côté pile, au milieu, il y a une illustration de l’Entrepôt.
Au-dessus, apparaît dans un demi-cercle « ENTREPÔT DE BRUXELLES ».
Sous l’illustration du bâtiment, se trouvent les noms des notables (bourgmestre - échevins - le secrétaire) : M. DE CHEVALIER WYNS DE ROCOUR, BOURGMESTRE. M.M. VERHULST, DOUCET, EVERARD. ORTS? ÉCHEVINS. WAEFELAER, SECRÉTAIRE.
Tout en bas se trouve les noms de l’architecte « SPAAK » et du graveur « HART » dans un demi-cercle.

Sur le côté face, dans le cercle externe au-dessus, se trouve le texte * 6 MAI 1844 * et BRUXELLES. Dans le cercle du milieu se trouve le texte : S.M. LÉOPOLD 1. POSE LA PREMIÈRE PIERRE DE L’ENTREPÔT
La matière est le laiton.
Le diamètre est de 27 mm
Texte et photos: Hendrik Van Caelenberghe
« Le Chien vert »
Vue sur l’entrepôt
La matière est le laiton.