Tekst: Ann Van Puymbroeck
Lay-out: Ilse De Witte
Translation: Michèle Joly
J’ai eu une conversation sincère avec notre administrateur général Noël Colpin quelques semaines avant sa mise à la retraite. Les propos ci-après me sont restés en mémoire : « Je suis un homme heureux mais une chose dans laquelle vous vous êtes investi avec chaque fibre de votre corps, une chose que vous avez contribué à construire, n’est pas un habit dont vous vous débarrassez car elle est devenue une partie de votre peau. »



Pendant des années, j’ai pu travailler au renouvellement de cette administration et cela a engendré des défis que j’ai toujours relevés avec beaucoup de plaisir.

J’admets que j’ai été souvent confronté à des hasards qui m’ont été favorables. C’est ainsi que j’ai pu suivre des Études complémentaires en management à la Vlerick School de Gand aux frais du département, avec l’accord du secrétaire général de l’époque,  A. Van De Voorde. J’ai trouvé cela une belle formation qui m’a été d’un grand service jusqu’à aujourd’hui.  C’est ainsi que j’ai pu appliquer dans ma gestion les travaux stratégiques, la mesure des résultats et le management de la performance, qui ne sont qu’une partie de ce que j’ai appris.

Un autre aspect est que j’ai également eu au cours de ma carrière la possibilité d’entretenir des contacts internationaux tels que : les collègues néerlandais Hans Van Bodengrave et Willy Rovers, Hans Grondal Hansen de l’administration danoise, les collègues indiens Stya Pradesh et Prasahna Dash, le Suédois Mats Victor, Paul-Hervé Theunissen et Manuela Cabral de la Commission européenne et leurs consultants Luc Vereecken, Gentil Noens et Frank van Oss, etc. Avec un grand nombre de ces collègues, j’ai pu collaborer étroitement et beaucoup apprendre sur le plan intellectuel.

Au sein de l’AGD&A également, j’ai toujours pu compter sur des gens en qui on peut avoir confiance. Des collègues qui voyaient le travail, soutenaient et portaient les nouvelles initiatives tels que : Guy Ghys – qui veut à présent faire pareil auprès de nos collègues Grecs – et tous les collaborateurs des services PFC des directions régionales.

Je me considère comme un homme heureux.
Monsieur Colpin quel bilan faites-vous de vous-même après 45 années de service auprès des D&A ?
Je pense - et j’espère bien - avoir préparé cette administration pour le 21e siècle
Nous avons développé et implémenté de nombreux projets de digitalisation et d’automatisation (NCTS, PLDA, CEDA, etc.), il y a le planning stratégique … mais le défi pour les D&A est probablement sa réorientation vers la sécurisation des chaînes logistiques après les attentats du 9.11. Nous avons immédiatement travaillé sur une nouvelle approche afin de contrôler l’ensemble de la chaîne logistique plutôt que de nous concentrer uniquement sur les frontières extérieures.

Un certain nombre de procédures simplifiées auxquelles j’ai contribué sont à présent prêtes à démarrer : System Based Control, Self Assessment et Centralized Clearance.

À côté de cela, nous avons également introduit les nouvelles technologies telles que les différentes installations de scanning et l’initiative megaport, en relation avec les collègues américains, afin de détecter les transports chargés de substances radioactives.

Nous avons aussi travaillé à la création d’un nombre de services spécialisés, tels que : les teams de scannage, les brigades canines, les motards, la brigade maritime et le Rummageteam.

Je suis particulièrement fier de la réalisation du Forum National, que nous avons été la seule administration à créer en 2003, afin d’appréhender la modernisation de notre fonctionnement en concertation avec le commerce.

La désignation d’attachés douaniers, qui doivent promouvoir la collaboration étroite avec les collègues douaniers et les entreprises locales en Russie, en Amérique, en Afrique du Sud, en Chine et en Inde, sont un également un must depuis que le commerce a évolué vers la mondialisation.

Cet élargissement international du commerce – avec les différences horaires qui s’ensuivent – exige une prestation continue de sept jours sur sept et 24 h sur 24, afin de ne pas mettre en péril la position concurrentielle de notre pays. C’est la raison pour laquelle j’ai jugé utile de lancer également un système de shift dans les ports de mer et les aéroports.

Enfin, je suis satisfait de la nouvelle structure organisationnelle qui est mise en œuvre sur la base de BPR’s de 2002 et 2008 et permis le basculement au sein de notre administration.

Il y a eu beaucoup de changement pendant votre période d’activité. De quels résultats êtes-vous le plus fier ?
Quel conseil souhaiteriez-vous donner à votre successeur ?

Je voudrais lui dire que la tâche d’un administrateur général est a very exciting job car ce terme anglais signifie bien plus que ‘captivant’. À mes yeux, cette fonction est inspirante, stimulante, quelque chose où j’ai pu mettre ma passion.

Je lui esquisserais une image de notre riche ensemble de tâches. Outre notre tâche fiscale conventionnelle, nous collaborons depuis le 9.11 à la sécurité des flux commerciaux. Je lui parlerais aussi de la problématique complexe des déchets que nous tenons à l’œil et de notre implication dans la lutte internationale contre le trafic des stupéfiants et les infractions en matière de contrefaçon et de Cites. Enfin, je voudrais attirer son attention sur les 2000 lois différentes que nous devons appliquer pour suivre correctement le flux des marchandises.

Ce job ne saurait être ennuyeux car le monde des douanes et accises demande une constante vigilance et une adaptation simultanée aux évolutions de la société. Les attentats terroristes, par exemple, ont mis toutes sortes de choses en cause et nous avons déjà engrangé de beaux résultats depuis lors : la nouvelle organisation est en place, les projets de simplification sont réalisés, l’AEO est un fait, les technologies de scanning modernes sont utilisées, etc.

À présent, il est vraiment temps de franchir un nouveau pas. Nous devons innover et investir dans des réseaux transfrontaliers. Actuellement, le flux d’informations au sein de notre administration est couplé à toutes les petites cases d’une déclaration sur laquelle nous effectuons une analyse de risque. Nous voulons cependant développer un système de gestion du flux d’information depuis la source jusqu’à destination. En Belgique, 56 % du flux de marchandises est déjà certifié. Nous souhaitons porter ce pourcentage à 80 % pour 2019. Aux Pays-Bas, le pourcentage atteint déjà 95 %.
Nous devons faire là un petit effort. Les collègues néerlandais investissent déjà pleinement dans la ‘Big Data Governance’ et la ‘Big Data Analyse’, systèmes destinés à structurer la quantité énorme d’informations et à effectuer une analyse de risque basée sur les différents indicateurs.
Ces systèmes doivent nous permettre de distinguer trois groupes au sein des grands afflux de marchandises : les clients déjà connus et certifiés (AEO), les clients non connus et les ‘Secure&Safe tradelanes’.

Ceci est important pour notre mission de sécurité mais aussi pour notre prestation de services aux clients.

À côté de cela, il faut certainement investir aussi dans de nouvelles techniques de scanning. Nous avons à présent des sites de scanning qui peuvent certes encore bénéficier d’un upgrade mais ils arrivent à épuisement. Après amortissement, le temps sera venu de développer une méthode de scanning au moyen de laquelle le commerce ne souffrira pas de retards. De nouveau aux Pays-Bas, ils travaillent déjà au moyen de rues de scanning. Les containers sont, après déchargement, déposés sur des Automated Guided Vehicles par des grues de quai automatiques. Ces AGV conduisent automatiquement les containers présélectionnés sur la base du risque à travers un scanner.
Une étape suivante est que les images ne soient plus analysées par un team de douaniers mais que l’on utilise pour ce faire un software spécialisé. Ceci est également en plein développement.

Je lui dirais également que la politique s’est intéressée d’avantage à notre administration parce que notre travail peut améliorer la position concurrentielle d’un pays … mais aussi la détériorer. De plus, tax shift est le mot en vogue, le report de la charge sur le travail vers d’autres sources de revenus. Mon successeur devra tenir compte des initiatives politiques telles que l’introduction d’une nouvelle (taxe sur les graisses) ou l’augmentation des accises existantes.

Je dirais à mon successeur de ne pas perdre de vue le Code des douanes de l’Union car les premières étapes doivent être posées pour le 16 mai 2016 afin de travailler autrement au sein des D&A.
Le but de ce code des douanes est de supprimer encore d’avantage les obstacles à la circulation des marchandises, d’accorder des simplifications en plus, de veiller à ce que les formalités douanières se déroulent plus rapidement, de tendre vers une meilleure harmonisation et standardisation des procédures et des données et – le plus important – le traitement électronique de toutes les activités douanières au sein de toute l’UE. Ceci signifie que nous devons procéder à tous les échanges et les stockages de données de manière automatisée. Ceci signifie aussi une adaptation et une extension de nos systèmes IT pour le 31 décembre 2020.

Ce même code des douanes règle aussi un certain nombre de choses qui deviendront plus tard des lois. Pour certaines innovations qui devront être mise en œuvre, il n’existe actuellement pas de cadre légal. Nous éprouvons donc des difficultés à sortir du flux total des marchandises les marchandises certifiées et les partenaires fiables.  Nous remarquons que des agences en douane ou l’armateur concerné ne divulguent pas leurs informations au sujet de clients et ce, pour des raisons commerciales. Cette difficulté peut être solutionnée par l’application légale du dual filling pour ces partenaires.  De cette manière, différents partenaires des chaînes commerciales auront la possibilité d’échanger tout de même leurs données mais uniquement avec les D&A.

Enfin, je lui conseillerais aussi de ne pas perdre de vue le plan politique 2014-2019. Il contient tant des mesures de facilitations du commerce que d’amélioration de la lutte contre la fraude.
Qu’est-ce qui vous manquera ?

La collaboration avec les jeunes me manquera. Comme nous n’avons pas eu de recrutements pendant  une longue période, nous devions combler un grand vide. Les personnes expérimentées sont parties à la retraite et de jeunes arrivants se sont vu immédiatement confier beaucoup de responsabilités. C’était toutefois très agréable de faire du brainstorming avec cette nouvelle génération à propos du fonctionnement stratégique et des nombreux projets que nous avons lancés.

Les nombreux contacts, tant nationaux qu’internationaux, que j’ai établis durant toutes ces années, vont certainement me manquer. J’espère toutefois pouvoir en conserver un bon nombre.

Outre mes tâches au sein de l’AGD&A, j’ai également pu m’investir au niveau international en contribuant à des débats au sein d’l’Union européenne, le Conseil des douane de l’Union belgo-luxembourgeoise, le Benelux et l’OMD, où j’ai collaboré à la création du Comité d’audit et du Globally Networked Customs.

Ma vie en tant qu’administrateur général était souvent très fiévreuse et ma retraite va, comme le mot l’indique, apporter du repos mais la diversité va me manquer, où il fallait toujours affronter et prendre en compte les possibles et impossibles revirements inattendus.

En bref, une chose dans laquelle vous vous êtes investis avec chaque fibre de votre corps, une chose que vous avez contribué à construire, n’est pas un habit dont vous vous débarrassez car elle est devenue une partie de votre peau. Cette nouvelle étape ne sera pas évidente …
Avez-vous déjà des plans pour votre nouvelle étape de vie ?

J’espère déjà trouver un équilibre entre « mon travail » au sein de ma firme de consultance fraîchement créée et profiter des choses quotidiennes de la vie, comme écouter de la musique classique, voyager et lire des livres … Le travail des philosophes classiques ne m’enthousiasment pas en ce moment, mais bien les idées nouvelles au sujet de la société actuelle.

Une fois que vous quittez notre administration, vous passez de fonctionnaire dirigeant à citoyen ordinaire : vous n’appartenez plus aux invités de marque. Un ami me disait : « Une fois que tu es habitué à ne plus t’assoir au premier rang mais au dernier, le pire est derrière toi ». Je vais devoir m’y habituer.
Voulez-vous encore adresser un dernier message à vos collaborateurs ?

Je suis convaincu qu’un grand avenir est tracé pour les D&A : au sein de l’Europe, on distingue une évolution positive en faveur de la douane. Avec la mise en œuvre du Competency Framework de l’UE, celle-ci vise une plus grande harmonisation entre tous les États membres de l’UE et offre un cadre pour améliorer les prestations du douanier. Elle règle de plus en plus le travail opérationnel quotidien des administrations, tant sur le plan de la formation que sur celui des compétences et des méthodes de travail.

Par contre, au sein du SPF Finances, on veut de plus en plus centraliser, ce qui peut s’avérer paralysant car nos tâches sont reprises dans un autre business model, celui des marchandises et des flux de marchandises. Je vais certes demander à mon successeur de veiller au maintien de la spécificité de l’Administration générale des Douanes et Accises.

Enfin, je voudrais encore ajouter que je m’en vais avec la satisfaction de constater que l’AGD&A a une colonne vertébrale solide. Il y a beaucoup de force, de raison et de beauté au sein du personnel et il y règne un sain esprit de corps et, je remercie tout le monde de cela.

L'Administrateur général
Noël Colpin prend congé de l'AGD&A