"C’est un jeu entre eux et nous"

Paul Marlière – expert en stupéfiants à l’aéroport de Bierset
J’ai appelé Paul dès son retour du Cameroun pour lui demander s’il voulait nous en raconter davantage à propos de ses compétences en matière de recherche de drogues et de son travail à l’aéroport de Liège-Bierset. Sur place, nous avons été accueillis chaleureusement par les collègues du team E&R dirigé par Michel Moustier. Les collègues de Paul ne purent toutefois pas rester longtemps: c’était plus mouvementé que d’habitude car en raison des attaques terroristes, de nombreux vols avec passagers arrivaient à l’aéroport de Bierset. Tandis que Paul était parti nous chercher une tasse de café, son collègue Jérémy Roland apporta quelques chaises.
Paul, depuis combien de temps travaille-tu à l’aéroport de Bierset ?

Eh bien, cela fait à peu près 15 ans. Auparavant, il travaillait au NOD .  Où j’ai énormément appris. Lors de de l’extension de cet aéroport, j’ai obtenu mon déplacement. Au début, nous avions également une équipe GAD spécifique ici mais, depuis le basculement, notre équipe a été sérieusement élargie à 15 personnes et l’on parle désormais du team Enquête&Recherche où chaque membre s’est vu attribuer une tâche spécifique. Vu que j’ai déjà pas mal d’expérience en matière de recherche de produits stupéfiants, c’est ici ma tâche principale. Outre le contrôle du fret, nous passons aussi beaucoup de temps à vérifier les envois par avion de TNT. TNT a à proprement parler son siège principal (hub) ici à l’aéroport et il arrive ici chaque jour des milliers de petits paquets par le courrier express.
De plus, on m’a désigné ce jeune collègue, Jérémy, avec lequel je peux partager mon expérience. Notre collaboration se passe à merveille. Enfin, du moins, je l’espère ! (Jérémy acquiesce par un sourire)
Comment as-tu développé ton expertise ?

Outre les cours que nous suivons au sein des D&A, j’ai pu bénéficier d’énormément d’expérience auprès des collègues du GAD de Zaventem. De plus, je passe énormément de temps à lire des articles concernant les produits stupéfiants et je surfe régulièrement sur Internet pour être au courant des études et développements récents … aussi pendant les quelques petites heures libres.
Ensuite, j’ai de nombreux contacts avec des collègues, tant au sein de notre administration qu’à l’étranger. La douane est une grande famille (sourire) ! Par ces canaux, tu apprends beaucoup et tu peux avertir les autres de nouveaux modus operandi ou de lignes de drogues. C’est comme cela que nous avons découvert, il y a un certain temps, que beaucoup de khat séché arrivait d’Éthiopie. Du coup, tu recherches immédiatement plus d’informations. Nous sommes ainsi entrés en contact avec le projet Aircop et j’ai atterri au Cameroun afin de former les fonctionnaires locaux. Je dois dire que je fus surpris de l’enthousiasme et de la motivation des élèves locaux. Aider d’autres collègues est important pour la lutte mondiale contre les substances stupéfiantes.
Outre le fret de marchandises agricoles, énormément de colis arrivent via TNT express. Dans ces envois aussi, tu trouves des substances prohibées. C’est une nouvelle tendance ?

Roland nous montre un petit sachet d’aluminium aux couleurs vives. Il était écrit en grosses lettres d’imprimerie SPICES. Ils arrivent de Chine via les envois express TNT.
Paul nous explique que ces sachets contiennent plus que de simples épices : « C’est à vrai dire un mélange d’épices auquel on a ajouté des drogues synthétiques. NPS (Nouvelles Substances Psychotropes) sont une nouvelle tendance. On peut commander facilement ces drogues via Internet, elles ne sont pas chères du tout et certains mélanges ne contiennent que des ingrédients qui n’apparaissent pas encore dans la liste des drogues prohibées. Le pire vient toutefois après : ces drogues synthétiques peuvent être beaucoup plus puissantes que les drogues connues et peuvent donc conduire plus facilement à une overdose.
À New York il y en a de nombreux cas et la tendance arrive en Europe.
Dès que les laboratoires ont analysé les ingrédients de ces mélanges complexes et les quantités utilisées, les fabricants criminels utilisent à nouveau de nouvelles substances de base légales. Actuellement, plus de 130 cannabis synthétiques sont signalés en UE. En raison du changement rapide des ingrédients, il est pratiquement impossible d’ajouter toutes les formes à la liste des produits prohibés. On songe à rassembler les drogues synthétiques par sorte en familles et de fixer les règles de prohibition sur cette base.
C’est vraiment incroyable à quel point ces petites bandes criminelles sont inventives. Nous découvrons cela aussi avec d’autres substances stupéfiantes. Prends par exemple la cocaïne, qui est très fort malléable. Chaque jour, nous découvrons de nouvelles méthodes de dissimulation de cette marchandise.
Examine cette petite figurine de madone. Jérémy l’avait déjà longuement examinée sous toutes ses faces mais n’avait pas trouvé de drogues. Mais elle nous faisait quand même fortement présumer que quelque chose n’allait pas. La seule chose qu’il n’avait pas encore examinée était le miroir et, oui, finalement, il s’agissait d’un mélange de cocaïne et de plastique.
Cette petite bouteille ressemble fort à une petite bouteille de boisson fraîche. L’examen du labo a démontré qu’il s’agissait ici de drogues mélangées à un liquide. Les contrevenants utilisent souvent de l’acétone pour séparer les drogues de la matière de base.
Dans les envois express TNT, il ne s’agit pourtant pas de grandes quantités de drogues qui sont saisies. Cela en vaut-il vraiment la peine ?

Oui, certainement, cela vaut la peine de saisir ces petits envois également avant qu’ils arrivent sur la rue. Dans la plupart des cas, il s’agit de drogues pures. Celles-ci d’abord coupées et mélangées avec des ingrédients de moindre valeur avant que les dealers les revendent sur le marché noir. 1 kg de cocaïne pure coûte entre € 35.000 et € 38.000. Un consommateur paie à peu près € 50 à € 60 pour 1 gr. Les dealers ne font pas seulement de plantureux bénéfices car combien de victimes ne font-ils pas, même avec une petit sachet d’un kilo ? Chaque jour, nous trouvons déjà des drogues déjà cachées entre les envois express.
Pour finir, Jérémy et Paul nous montrent encore quelques exemples de leur armoire à trophées et nous ne pouvons que confirmer que les criminels sont très inventifs. Mais Paul et Jérémy sont là ! Nos sincères félicitations pour eux et leurs collègues !
L’aéroport de Liège-Bierset

L’aéroport se situe à plus ou moins 10 km de Liège, à Bierset (une commune faisant partie de Grâce-Hollogne). En Belgique, il s’agit du plus grand aéroport de marchandises. Il est spécialisé dans le traitement des envois express et des marchandises périssables telles que les légumes, les fruits et les fleurs, notamment en provenance d’Afrique. Le bétail vivant y arrive également. De plus, il est le leader en matière de transport de médicaments, le transport d’organes, etc.
Il y a également du trafic passagers mais depuis que l’aéroport de Charleroi s’est développé d’avantage, la région Wallonne a décidé que l’aéroport de Liège-Bierset devait se consacrer au transport de fret. Depuis que la firme néerlandaise de courrier express TNT a choisi, en 1998, l’aéroport de Liège-Bierset comme le centre de son transport aérien et routier européen, en raison de la situation centrale idéale, le transport de fret a connu ici un grand essort.
Qu’est-ce que le Khat, exactement ?

Khat sont les feuilles (comme des feuilles de laurier) d’un arbre persistant. Son utilisation est ancestrale dans des pays comme le Yémen, l’Éthiopie, la Somalie et le Kenya. Comme nous buvons du café, on mâche là des feuilles fraîches de khat. On en fait également du thé et on l’utilise comme médicament ou comme euphorisants. Les feuilles séchées sont moins actives. Les consommateurs de drogue prennent du khat parce qu’il constitue un moyen de préparation (peut être comparé avec du speed –amphétamine – mais en moins fort). Le danger est que l’on peut devenir dépendant.

Texte: A.V.P.
Photos: Kathleen De Backer
Lay-out: Ilse

Paul
Een wielrennersschoen volledig uit slangenleer vervaardigd
Trois beaux exemples
Scorer à Douala

À Douala, la plus grande ville du Cameroun (Afrique), notre collègue Paul Marlière (GAD Liège-Bierset) a découvert 550 kg de Khat séché. Il y avait au total 550 kg. Les marchandises venaient d’Éthiopie et leur destination finale était les USA.
Paul séjournait à Douala dans le cadre du projet AIRCOP du UNOCD (l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime). Le projet AIRCOP a pour but de renforcer la lutte contre la drogue dans les aéroports internationaux des pays de transit en Afrique de l’Ouest, au Maroc et au Brésil). Cela se fait notamment par la formation des fonctionnaires locaux en matière d’analyse de risque et de méthodes de détection. Paul a donc une expertise certaine à partager en tant que formateur.